Qui aurait cru que nous, défenseurs de la langue basque, partageons tant de choses avec un Kichwa d’Équateur, un Nasa Yuwe de Colombie, un Maya Kaqchikel du Yucatán, un Mapuche du Chili, un Guarani d’Argentine, un Amazigh du Maroc, un Créole d’Haïti ou un Bubi de Guinée équatoriale ?
Et pourtant, nos combats se rejoignent. Nos langues minorisées font face aux mêmes défis : perte de locuteurs, manque de moyens, poids des langues dominantes.
20 militants linguistiques en immersion au Pays Basque
Chaque année, grâce à l’association Garabide, une vingtaine de militants linguistiques venus des quatre coins du monde passent six semaines au Pays Basque.
L’objectif ? S’inspirer de l’expérience basque et échanger avec les acteurs locaux.
À la fin du programme ADITU, chacun repart dans son pays pour mettre en œuvre un projet de revitalisation linguistique conçu pendant le séjour.
Deux jours de partage en Iparralde
Nous avons eu la chance d’accompagner le groupe pendant deux jours au Pays Basque nord.
Première étape : Hendaye.
Visite de l’ikastola et discussions sur les atouts et les défis du modèle d’immersion. Parmi les participants, plusieurs enseignants et directeurs ont pu partager leurs pratiques avec les éducateurs basques.
Le soir, à Bayonne, nous avons évoqué la situation sociolinguistique locale au Gaztetxe Zizpa, avant de projeter le documentaire Runa Simi au cinéma Atalante : l’histoire émouvante d’un père et de son fils qui veulent doubler Le Roi Lion en quechua.
Deux représentants de cette langue ont pris la parole après le film, nous transmettant une énergie contagieuse pour continuer à œuvrer pour nos langues.
Deuxième étape : Sara.
Nous avons profité du salon du livre jeunesse Ikusi Mikusi pour rencontrer l’équipe de Galtzagorri, engagée dans la promotion de la littérature en basque auprès des enfants.
Les échanges ont porté sur le rôle essentiel de la littérature dans la transmission linguistique.
L’après-midi, nous avons rencontré la coopérative Eskutik, qui nous a présenté ses valeurs et sa manière de travailler collectivement.
Recharger les batteries
Militer pour la langue basque n’est pas toujours simple, surtout dans un territoire où 80 % de la population est non bascophone et où les ressources restent limitées.
Après plusieurs semaines passées au Pays Basque sud, nos amis d’Amérique du Sud nous ont confié trouver la situation du basque “très préoccupante”. Leur question était simple : d’où tirez-vous la force de continuer ?
Chacun a donné sa réponse, mais tous ont ressenti la même chose : ces rencontres redonnent de l’énergie.
Elles rappellent que nos luttes sont liées — celles pour la langue, mais aussi pour la culture, l’identité, la fierté indigène, le féminisme, ou encore contre le capitalisme et le colonialisme.
Des chemins communs vers la revitalisation
Si nos langues ont perdu de leur vitalité, ce n’est ni un hasard ni une fatalité. Nous partageons les mêmes causes historiques, et donc sans doute les mêmes voies pour les surmonter.
C’est peut-être la plus belle leçon de cette aventure : puisque l’avenir de nos langues, cultures et identités est étroitement lié, nous devons le construire ensemble — Kichwa, Nasa, Mapuzungun, Guarani, Tarifit, basque…
Et toi, ça t’inspire ?
Rejoins ce mouvement mondial de revitalisation linguistique.
















